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Par Moon of Alabama – Le 12 novembre 2019      //       lesakerfrancophone

 

Le coup d’État en Bolivie est dévastateur pour la majorité de la population de ce pays. Y-a-t-il des leçons à en tirer ?

Andrea Lobo écrit dans WSWS :

Le président bolivien Evo Morales, membre du Mouvement vers le socialisme (MAS), a été contraint de démissionner, dimanche soir, par les militaires boliviens, lors d’un coup d’État soutenu par les États-Unis. Hier soir, Morales a twitté qu’il "partait pour le Mexique" après que ce pays a accepté de lui accorder l’asile.

Après trois semaines de protestations à la suite des élections présidentielles contestées du 20 octobre, les puissances impérialistes et leur élite bolivienne comprador ont renversé le gouvernement de Morales. Dans le contexte de l’aggravation de la crise du capitalisme mondial et de la résurgence de la lutte des classes au niveau international, y compris les récentes grèves de masse des mineurs et des médecins en Bolivie, la classe dirigeante a perdu confiance en Morales et le parti MAS pour continuer à juguler l’opposition sociale dans ce pays.

Au cours de ses douze années de mandat, Evo Morales a accompli pas mal de bonnes choses :

Taux d’analphabétisme :
2006 13.0%, 2018 2.4%

Taux de chômage 2006 9.2%, 2018 4.1%

Taux de pauvreté modéré 2006 60.6%, 2018 34.6%

Taux d’extrême pauvreté 2006 38.2%, 2018 15.2%

Mais Morales n’a pas réussi à construire les défenses nécessaires pour rendre ces changements permanents. Les dirigeants de l’armée et de la police se sont opposés à lui. Pourquoi ces hommes ont-ils pris une telle décision ?

Jeb Sprague @JebSprague - 20:19 UTC - 11 Nov 2019

La relation entre les États Unis et le coup d’État

Les fonctionnaires qui ont forcé #Evo à démissionner travaillaient comme attachés militaire #Boliviens à Washington. La CIA cherche souvent à recruter des attachés travaillant à Washington.

2013 : Le général Kaliman était attaché militaire 2018 : Le commissaire de police Calderón Mariscal était Président d’APALA à Washington DC

Les Agregados Policiales de América Latina (APALA) sont censés lutter contre le crime organisé international en Amérique latine. Elles sont curieusement hébergé à Washington DC.

Ces policiers et militaires ont coopéré avec un multimillionnaire raciste chrétien et fasciste pour faire tomber Morales.

Morales avait clairement remporté un quatrième mandat aux élections du 20 octobre. Le décompte des voix fut déroutant (PDF) car il a suivi le processus défini par l’Organisation des États américains (OEA) :

Le [Tribunal Suprême Electoral, ou TSE] a deux systèmes de dépouillement du vote. Le premier est un dénombrement rapide connu sous le nom de Transmisión de Resultados Electorales Preliminares (TREP, c’est-à-dire un comptage rapide). Il s’agit d’un système que la Bolivie et plusieurs autres pays d’Amérique latine ont mis en œuvre conformément aux recommandations de l’OEA. Il a été mis en œuvre pour les élections de 2019 par une société privée qui collaborait avec le Servicio de Registro Cívico (SERECÍ), le service de l’état civil, et visait à fournir un résultat rapide - mais incomplet et non définitif - le soir des élections pour donner aux médias une indication de la tendance électorale et pour informer le public.

Ces premiers chiffres incomplets ont donné l’impression que Morales n’avait pas gagné les 10% d’avance dont il avait besoin pour éviter un second tour de scrutin. Les districts ruraux dans lesquels Morales bénéficie d’un fort soutien sont généralement en retard dans la communication des résultats et n’avaient pas été inclus. Les résultats complets ont montré que Morales avait gagné plus que les 10% d’avance dont il avait besoin pour éviter un deuxième tour.

Kevin Cashman @kevinmcashman - 1:36 UTC - 11 Nov 2019

Finalement, le décompte officiel a été publié : Au premier tour, Morales a gagné par 47,08% contre 36,51%. Si vous aviez regardé les sondages avant les élections, 5 sur 6 prédisaient ce résultat. Bizarre d’avoir une fraude qui corresponde aux sondages.

Sondage : La course présidentielle de 2019 en Bolivie

Alléguer de faux résultats électoraux pour provoquer des révolutions de couleur ou des coups d’État est un moyen typique d’ingérence américaine. En 2009, Mahmoud Ahmadinejad avait remporté son deuxième mandat aux élections présidentielles iraniennes. L’opposition soutenue par les États-Unis avait soulevé un tollé, même si les résultats concordaient parfaitement avec les sondages.

L’OEA, qui avait recommandé ce système de comptage rapide permettant de telles manipulations, reçoit 60% de son budget de Washington DC.

Les médias occidentaux n’appellent pas le coup d’État en Bolivie un coup d’État parce que c’est ce que les États-Unis désiraient :

Des généraux de l’armée apparaissant à la télévision pour exiger la démission et l’arrestation d’un chef d’État civil élu est un exemple classique de coup d’État. Et pourtant, ce n’est certainement pas ainsi que les médias grand public présentent les événements du week-end en Bolivie.

Aucun de ces journaux n’a qualifié l’action de coup d’État ; au contraire, le président Evo Morales a "démissionné" (ABC News, 11/10/19), au milieu de "protestations" généralisées (CBS News, 11/10/19) d’une "population en colère" (New York Times, 11/10/19) contre la "fraude électorale" (Fox News, 11/10/19) de la "dictature totale" (Miami Herald, 11/09/19). Lorsque le mot "coup d’État" est utilisé, il ne s’agit que d’une accusation venant de Morales ou d’un autre fonctionnaire de son gouvernement, que les médias institutionnels diabolisent depuis son élection en 2006 (FAIR.org, 5/6/09, 8/1/12, 4/11/19)

Les pauvres et les indigènes qui soutiennent Morales auront peu de chance contre les paramilitaires d’extrême droite et la police (vidéo) qui vont maintenant de porte en porte (vidéo) pour s’en prendre aux partisans de gauche et de Morales.

Evo Morales a trouvé asile au Mexique. La Bolivie va maintenant se transformer en enfer néolibéral et en quasi dictature. Il faudra du temps, beaucoup d’efforts et probablement une guerre civile pour regagner ce qui a été perdu par ce coup d’État.

Quelles leçons peut-on tirer de cela ?

. Comme quelqu’un me l’a fait remarquer : « Quand on veut gagner et perpétuer une révolution socialiste, il faut sortir les guillotines. »
. Les mouvements socialistes qui arrivent au pouvoir doivent neutraliser leurs plus grands ennemis locaux. Ils doivent construire leurs propres défenses. Ils ne peuvent pas compter sur des institutions comme l’armée et la police dont ils héritent des régimes précédents.
. De tels mouvements ne doivent jamais compter sur des organisations affiliées aux États-Unis comme l’OEA ou sur du personnel militaire et policier qui a été endoctriné par les États-Unis.
. Un mouvement a besoin d’une voix publique. Il doit construire ses propres médias au niveau local et international.

Hugo Chavez savait tout cela. Dès qu’il a remporté l’élection présidentielle au Venezuela, il a mis sur pied les forces nécessaires pour défendre l’État. C’est la seule raison pour laquelle son successeur, Nicolás Maduro, a vaincu la tentative de coup d’État contre lui et est toujours au pouvoir.

Evo Morales n’a malheureusement pas suivi cette voie.

  12 novembre 2019

Note du Saker Francophone

La Bolivie est un de plus gros exportateur de lithium, produit indispensable dans les batteries des voitures électriques et dans les composants électroniques. Selon le journal La Croix, non suspect de gauchisme extrême :

"Le président socialiste Evo Morales - qui briguait dimanche 20 octobre un quatrième mandat - a créé une compagnie publique pour exploiter l’«  or blanc  » bolivien, le lithium, métal essentiel aux batteries des voitures électriques. Le projet a pris beaucoup de retard. ...

Pendant la campagne, personne n’a osé remettre en cause le modèle économique mis en place par ce président socialiste, centré sur des investissements publics rendus possibles par le boom des matières premières. «  Jamais autant d’argent n’est entré dans les caisses de l’État que durant ces quinze dernières années, grâce à l’appétit chinois pour les ressources naturelles et à l’exploitation de nouvelles mines et de nouveaux gisements de gaz  », explique Jorge Espinoza, consultant minier à La Paz."

Traduit par Wayan pour le Saker Francophone